13.

12 Jan

J’ai envoyé ma demande d’admission au cégep hier soir, j’étais tellement contente! J’ai appris par après qu’on aurait une période dédiée à ça en classe (ce qui est complètement con, vu que ça prend juste 5-10 minutes, mais qu’il faut avoir une carte VISA ou MasterCard, ce qu’un élève du secondaire n’a pas normalement pas avec lui) , mais bon, tant pis, j’avais vraiment trop hâte pour attendre anyway.

Je suis en mode fatigue power X 10 000, j’ai écouté l’ordi (qui est pourtant au sous-sol) faire des bip-bip en envoyant des fax pour la job une bonne partie de la nuit, en me tournant et retournant dans mon lit. Lundi je me sentais jeudi, mardi je me sentais vendredi, et aujourd’hui mon cerveau ne comprenait pas pourquoi je devais me rendre à l’école. M’enfin, ma semaine va être à peu près finie demain soir, vus les cours que j’ai vendredi. Et avec un peu de chance, j’aurai trouvé quelque chose de sympa à faire vendredi soir.

Sinon, je continue ma liste de lecture peu à peu – comme on dit, petit train va loin -, d’ailleurs je vais sûrement passer prendre de nouveaux livres ce soir. Finalement je n’ai pas terminé celui de Buten, ce n’est vraiment pas mon genre et j’avais toute la misère du monde à trouver la motivation de l’ouvrir pour connaître la suite. Mettons que ce n’est pas l’idée que je me fais d’un bon roman.

Je lis :

Le fugueur, Gilles Ruel : Roman très court, en le voyant on croirait que c’est un livre pour enfant. C’est l’histoire d’un homme qui est interné dans un hôpital psychiatrique suite à un meurtre, c’est lui qui parle, qui raconte sa vie, ce qui l’a mené usque là, les mauvais traitements dont il est victime dans l’hôpital, ses espoirs, ses progrès, etc. On voit qu’il est un peu simple d’esprit, mais qu’il a surtout manqué d’encadrement plus jeune. C’est triste de se dire que des cas pareils peuvent arriver tous les jours, à deux pas de chez nous…

Emmène-moi, emmène-moi, Lauren Kelly : WOW. Un de mes coups de cœur à vie, et ils ne sont pas si nombreux, surtout quand on parle de thrillers! Mais bon, les Albin Michel sont pas mal toujours bons. C’est une fille – Lara – qui est assistante de recherche à l’Université de Princeton. Au début, tout ce qu’on sait d’elle c’est que son père est parti quand elle était petite, que sa mère était alcoolique et qu’ils ont eu (elle, sa mère et son frère) une accident de voiture, mais que personne n’est mort. Au moment où le roman commence, elle vit seule dans un petit appart. Un jour, elle reçoit dans une enveloppe anonyme un billet pour un concert, et elle s’y rend en se demandant qui peut bien lui avoir envoyé ce billet. Tout le long je suis restée scotchée, c’est fou à quel point c’est prenant! Le roman est vriament bien écrit, de sorte qu’on visualise les lieux, les personnages, et qu’on s’imagine à la place de Lara. Mettons qu’on en voit de toutes les couleurs! Je vous laisse quelques extraits des premiers chapitres (faut pas trop en dévoiler, quand même!)

Mettons que tu sois le patron du Texas Hots Café. Mettons qu’il n’y ait pas de client dans l’établissement à cet instant précis, et donc tu fumes une cigarette à la vitrine du café, le regard fixé sur rien que tu n’aies vu mille fois auparavant. […] Sans vraiment faire attention à la voiture qui descend la côte en direction du passage à nouveau, si ce n’est pour songer avec un soupçon de désapprobation Sans phares, mais bah ce n’est pas encore la nuit, on y voit encore clair. […] Et tu n’as pas encore commencé à t’intéresser au train. Si ce n’est pour noter que ses feux sont allumés. […]

« Nom de Dieu. Que…? »

Car quelque chose va mal tourner. Tu le vois à présent. La vitesse irrégulière de la voiture, l’approche rapide du train. Deux lignes, deux forces perpendiculaires. Route 39, le dos d’âne de la voie ferrée. Instinctivement, tu attendais que la voiture ralentisse. Qu’elle freine et s’arrête au passage à niveau. Ça y est, cette voiture commence à te dire quelque chose : c’est celle d’un type du coin, Ducun Quade penses-tu, songeant simultanément que le bonhomme n’a pas mis les pieds au Texas Hots depuis un bout de temps, pas plus qu’ailleurs dans le village ; tu n’as pas le temps de penser : C’est pas Quade : même ivre, il s’amuserait pas à courser un train.

Est-ce une erreur, est-ce une blague cruelle? Ne pose pas de questions.

Ce genre de questions, je ne les pose pas.

Je suis une fille scarifiée. Une fille abîmée. Une marchandise endommagée. Je prends ce qu’on m’offre, en général. Vu qu’on ne m’offre pas beaucoup.

À ma droite, la place C23 était toujours inoccupée.

Les lumières de la salle baissaient. Le pianiste japonais parut, gestes vifs et visage sombre, et avec une courbette jeta un regard scrutateur dans le public, comme pour vérifier : oui, nous étions là, présence éveillée et curieuse, miroir pour son éblouissante performance.

La musique est l’autre monde où je vis. Où je suis inconnue à moi-même. Où je n’ai pas de mémoire. Où nulle voix du passé n’interfère, pas même la mienne. Là, j’entre en transe. Je suis capable d’éprouver du bonheur dans ces moments-là. […]

Puis il s’est passé ceci. Un retardataire est arrivé, juste après le premier mouvement de la sonate de Samuel Barber, pour prendre le siège C23. […]

Je percevais le danger émanant de cet individu comme l’on perçoit le danger qu’il y a à s’approcher d’un précipice.

Même si l’on n’a aucune intention de se jeter dans le vide. On ressent le danger, c’est une sensation physique. Je maîtrisais les subterfuges de la discipline mentale : je m’étais changée, depuis l’adolescence, en animal purement mental ou presque. J’avais l’intention de me concentrer sur le pianiste, et sur la musique, ce que je fis. Avidement, je me penchai en avant sur mon siège, afin d’éviter tout contact avec l’homme aux joues mal rasées. Je fixais des yeux le clavier illuminé, les doigts agiles de l’artiste. L’auditorium s’emplissait de notes de musique parfaitement exécutées, qui tintaient comme des éclats de verre. Là était la puissance ! Là était la beauté. J’ignorais l’intrus installé à côté de moi, mon coeur battait de dédain pour lui.

Nul ne me privera de ça.

Instantanément, il me saisit le poignet. Ses doigts étaient forts, leur étreinte solide autour de mon poignet.

« Emmène-moi avec toi, d’accord?

– T’emmener… où?

– Là où tu vas, n’importe où. »

La voix de l’homme était pressante, implorante. Mais ses doigts étaient solides.

Au-dessus de nos têtes, le quartier de lune s’était déplacé dans le ciel nocturne. Si promptement : comme la lune se déplace dans le ciel . Il était devenu une forme luisant faiblement, à demi masquée par les nuages. Des lambeaux de nuages, des fragments, semblables à des toiles d’araignée, ou des songes, brisés. Si l’on ignorait que c’était une lune, rien ne permettait de savoir à quel usage était destiné ce curieux objet phosphorescent.

J’écoute.

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Une Réponse to “13.”

  1. Julhya 13 Jan à 05:06 #

    Je prend note de ces deux bouquins ! Ils vont aussi rejoindre la liste à lire :)

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