39.

19 Avr

Je suis restée couchée deux minutes. J’ai fait semblant d’essayer de résister, mais les premiers mots s’alignaient déjà dans ma tête. Pis je les répétais, pis je les répétais, en me levant de mon lit, en essayant de ne pas me cogner dans le noir sur les meubles qui ont changé de place, en descendant l’escalier pour aller prendre mon portable. Je les répétais, parce que j’étais terrorisée à l’idée de les oublier, de perdre le fil, de pu pouvoir écrire. Encore.

La lune était trop belle pour que je reste couchée, pour que je perde ma nuit à essayer de dormir, à me retourner dans le lit qui est devenu ma prison. Insomnie, ça vous dit quelque chose? (Wtf, pourquoi je dis vous? Y a personne qui lit.) Mais le ciel était trop beau, pis la soirée aussi. Le genre de soirée que tu voudrais étirer jusqu’au lendemain, à réinventer le monde en bonne compagnie. Mais demain y aura la vie qui va vouloir reprendre son cours, pis bye-bye l’instant magique.

Tsa, je ne suis pas tellement exigeante, je pense. J’ai juste fait semblant de faire du ménage. Dans ma vie, j’veux dire. Quand j’veux faire semblant de faire du ménage dans ma vie, j’en fais pour de vrai. Pis au lieu de dire ses 4 vérités au monde, j’passe la balayeuse. Pis maudit que j’haïs ça passer la balayeuse. Faque je calme mes pensées qui s’enflamment. (Ça tient pas debout, mais peu importe, c’est à cause que j’essaye de me concentrer sur la toune que j’ai dans les oreilles en même temps.) Faque c’est ça, ce soir j’ai fait du ménage, j’ai bougé ma chambre, je l’ai virée à l’envers. J’en avais marre. Y a un an ou deux (ou trois ou quatre), j’ai peint ma chambre en rouge. Maudit que je l’aimais, ma chambre rouge pis vide. Le monde entrait voir, pendant que ça séchait, pis ils faisaient presque le saut. « C’est pas un peu agressant? » Ça se peut, ça te dérange? M’enfin, mais après les meubles avaient retrouvé leur place, pis le monde disait « Ah, c’est vrai que ça fait beau, avec les meubles et tout. » Mouais. Avec les meubles qui cachent presque tous les murs. Presque toute la couleur. Faque j’avais deux critères, ce soir : libérer les murs, pis avoir plus de fenêtres. Mais comme mon père aurait pas apprécié que je profite de son absence pour défoncer un mur, j’ai juste pris mon bureau avec un miroir, pis je l’ai foutu en plein milieu de la pièce, comme pour la couper en deux, miroir face à la fenêtre. Faque j’ai deux fenêtres. Pis j’ai poussé mon lit plus près de la fenêtre. Pis j’ai tassé les stores tous d’un bord, au lieu de juste les ouvrir, ce que j’avais pas fait depuis des années. Après on se demande pourquoi j’étais en manque de fenêtre. Si je m’étais écoutée, je les aurais arrachés, les stores.

J’ai changé 2-3 autres trucs de place, pis ça change vraiment tout. Maintenant, quand on rentre on avance comme dans un corridor. À gauche il y a le garde-robe toujours à moitié ouvert. En face le clavier, qui empêche d’accéder à une bibliothèque qui contient juste des livres que je lis pu. Pis à droite, le dos d’un meuble, caché par un grand drap, juste pour fermer comme du monde mon petit havre. De l’autre côté, bah le fouillis habituel : lit, commode, bureau, etc. C’est tout petit, mais c’est dix fois plus grand qu’avant. Pis j’ai deux fenêtres. Pis j’ai des murs libres. J’voudrais m’acheter une carte du monde géante, pour la coller sur le mur pis apprendre tous les pays de la Terre par coeur. J’voudrais acheter des stickers, aussi. Des autocollants mureaux. J’en ai vu des beaux sur Internet. Avec des lampadaires, ou des fils électriques avec des oiseaux dessus, ou la tour Eiffel, ou quelque chose d’autre, tant que ça fait beau pis que ça fait moi. Mais ça coûte pas mal cher. Pis j’économise pour Compostelle. J’ai rendez-vous à la banque, mardi prochain. Pas demain, mais l’autre d’après. Pis j’vais m’ouvrir un compte pour mettre de l’argent de côté pour mon trip. J’en rêve tellement.

J’aimerais ça dormir, j’vous l’ai-tu dit? Je viens d’écouter À part des autres, ça passait à Télé-Québec. Ça fait deux soirs de suite que j’écoute un film à Télé-Québec (pis que je me rends compte que c’est quand même pratique, les annonces, parce que c’est horrible d’être obligé de rester assis devant un film, de pas pouvoir se lever sous aucun prétexte, parce que tu veux pas manquer de bout, parce qu’il n’y a ni annonces, ni bouton pause), pis que j’insomnise après. Hier ça n’avait pas nécessairement rapport. J’étais déçue, d’ailleurs. J’ai commencé un nouveau produit naturel mercredi ou jeudi (ou vendredi). C’est la blonde de mon père qui est « full produits naturels » pis qui veut pas que je prenne des somnifères. Mais bon, j’en ai essayé un en mars pis ça a rien donné. Là ça commençait bien, mais j’commence à me demander si je m’endormais pas parce que j’étais VRAIMENT à bout. Bref, j’insomnise pis ça me fait c****.

J’ai cherché pendant 20 minutes la citation de la fin du film. M’énerve. Et évidemment, quand c’est rendu qu’un film passe à Télé-Québec, impossible de le trouver en streaming sur le net. Ça parlait de conscience et de souffrance. En gros, ça voulait dire que quand on pense trop, quand on est trop conscient, et bah on est malheureux. Et/ou on arrive pas à dormir. Oui, bon, ça ne disait pas ça, mais c’est mon interprétation. J’ai toujours cru que je pensais trop. Que je n’étais pas normale. Pas dans le sens que ma pensée est plus développée que la moyenne, et que je suis plus intelligente et tout, non non. Mais je réfléchis à des trucs qui n’effleureront jamais l’esprit de d’autres personnes. Et souvent, ce sont des sujets qui me mettent vraiment à l’envers. Ça m’a particulièrement frappé dans un cours, une fois. La prof a demandé si nous nous considérions comme heureux, pis il y a une fille qui a répondu, toute étonnée, qu’elle ne comprenait pas la question. Qu’elle ne comprenait pas le POURQUOI de cette question. Qu’elle ne se demandait jamais si elle était heureuse, qu’elle l’était, simplement. Qu’elle vivait sa vie et que ça la comblait entièrement. Mautadit. J’aurais volontiers échangé ma place avec la sienne, à ce moment-là. Elle n’est probablement pas en train d’écrire un article interminable sur son blog à cette heure-ci, elle.

Cette heure-ci? Oups. École demain. Exam de français sur l’histoire de la littérature québécoise demain. Retour à la routine du secondaire, demain. J’vais tellement être heureuse, fin juin.

P.S. J’écoute une toune de Archive, mais c’est sur mon MP3 et j’ai la flemme d’aller prendre l’url sur Youtube.

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3 Réponses to “39.”

  1. nuage1962 19 Avr à 06:52 #

    On aurait dit que dans ta chambre tu essaie de te protéger pour trouver un certain calme … malheureusement tes insomnies sont bien signe que cela n’a pas fonctionné …

    je ne sais pas si ca marche pour toi mais moi je lis, je ne dort pas bcp mais quand je gigote trop je prend un livre pour lire dans mon lit et ca aide
    bisous et bonne chance

    • Marie 19 Avr à 23:56 #

      La lecture et ce genre d’activités relax, je fais plus ça en classe, en attendant que les cours finissent. À la maison je n’ai pas vraiment le temps, je suis pas mal occupée et quand je me couche c’est que je suis vraiment crevée… alors bon, c’est assez frustrant d’avoir les yeux grands ouverts quand on serait assez fatigué pour dormir dix jours d’affilée :(.

  2. jean paul galibert 13 Mai à 16:45 #

    J’aime beaucoup cette écriture
    elle vous protège
    contre tout
    elle vous ouvre un avenir
    immense
    Cet inconfort ne passe pas,
    mais il vous rendra, comme géante

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