57.

28 Juin

Quand t’es parti, Gitan. Tu as laissé seulement une voiture en morceaux. T’as pris tes chaises de bambou, ta guitare de rien du tout; t’as mis le vent sous ta peau. T’as caressé les oiseaux, t’as caressé les oiseaux. T’as mis les pierres sur le feu, les femmes aux longs cheveux ont tout lavé dans des seaux, séché le linge sur les buissons, rentré les gosses dans les camions, sur les paniers de roseaux. Et caressé les oiseaux, et caressé les oiseaux. Où allais-tu?

À part les flaques de boue et quelques traces de roues, tu n’as rien voulu laisser. T’as mis ta fierté, Gitane, aux rideaux des caravanes comme des drapeaux pliés. T’as caressé les oiseaux, t’as caressé les oiseaux. Où allais-tu?

J’ai peur des lumières des villes, des grandes maisons immobiles, des jardins bâtis tout autour. J’ai peur qu’on emmène d’office au bout des fusils de milices les enfants de notre amour. Ils traitent nos filles de voleuses, du fond de leurs maisons peureuses pleines de chiens de combat. Ils attachent leurs volailles, ils surveillent leurs ferrailles, on ne se ressemble pas.

Y a des panneaux depuis : « emplacement interdit », comme s’il y avait eu la peste. T’as plus qu’à chercher ailleurs des gens qui auront moins peur, en espérant qu’il en reste. Et caresser les oiseaux, et caresser les oiseaux.

 – Francis Cabrel

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