68.

12 Août

Y a rien de facile dans la vie. Rien d’évident, rien de figé dans le béton. Y a deux jours de ça, j’étais encore persuadée que je savais ce que je voulais faire cette année, l’été prochain pis encore pendant un ou deux ans après. J’avais décidé que peu importe ce qui m’arriverait, mon existence – du moins, pendant un certain temps – se résumerait à travailler fort-fort pis à me payer des voyages. Parcourir le monde pour pouvoir m’émerveiller de ce qui est différent, chialer sur ce qui est moins bien et me réjouir de tout ce que je découvre, de tout ce que j’ai la chance de voir.

Au début de l’été, je m’étais dit que mon voyage en France serait mon test, la confirmation – ou l’infirmation – que c’est vraiment ça que je veux, vraiment ça que j’aime. Parce que ça faisait déjà un bout que, dans la case « loisirs », j’inscrivais « voyages » avant tout le reste, mais je n’avais jamais voyagé seule, donc il y avait encore le risque que je déteste ça. Faut comprendre que je vis très bien avec la solitude et que j’en ai même fréquemment besoin, mais que je tiens beaucoup beaucoup au fait d’avoir quelqu’un pas trop loin, en cas de besoin.

Bref, j’ai pris l’avion toute-seule-comme-une-grande, j’ai passé un très beau séjour, pis je suis revenue en me disant « Ok, let’s go : Australie l’été prochain ». Sauf que là je pense à ça et je me dis que c’était pas un vrai de vrai test, vu que je n’étais pas VRAIMENT toute seule.. non?

En fait, c’est toutes ces interrogations c’est à cause d’une petite mésaventure qui m’est arrivée hier. Le chalet où je suis en vacances avec ma famille est en Ontario, à environ trois quarts d’heure de Niagara Falls. Les autres avaient décidé d’aller passer la journée à Marineland, qui est à Niagara, et je leur avais demandé de me laisser en ville parce que le parc d’attractions ne m’attirait pas plus que ça. On avait déterminé qu’on communiquerait par sms en fin de journée pour choisir un point de rencontre.

Je me suis promenée pas mal, j’ai visité une couple de petites boutiques cutes – certaines moins, la plupart répétitives – et finalement je me suis installée dans un petit café pour lire un livre. Jusque là ça allait. J’aurais préféré avoir quelqu’un avec qui passer la journée parce que je devais quand même tuer le temps pendant 7-8 heures, mais je profitais du soleil pour marcher et pour magasiner un peu, sans avoir à suivre les envies d’une autre personne.

Vers trois heures de l’après-midi, je niaisais sur mon cell, et je me suis rendue compte que mon solde restant (parce que j’ai un forfait « payez à la carte ») avait diminué drastiquement depuis la dernière fois que je l’avais consulté, 2 ou 3 jours plus tôt. J’ai voulu consulter mon compte pour voir s’il y avait eu une modification ou quoi que ce soit, j’ai donc appelé le système automatique de mon fournisseur. Sauf que pour ça, il fallait que je tape mon fucking code d’accès à QUATRE chiffres. Sauf que je n’ai jamais, mais vraiment jamais de mot de passe à QUATRE chiffres, et pas moyen de me souvenir ce qui m’était passé par la tête le jour où j’avais dû en inventer un. Donc bon, j’en essaie un. Code erroné. Puis un autre. Code erroné. Dernière chance, qu’ils disent. Bon, j’en essaie un dernier, au pire ils ne me laisseront pu essayer. ERREUR MONUMENTALE. Code d’accès bloqué, veuillez entrer votre code PUK. EEEEEUH, QUOI?

En résumé, j’étais toute seule dans une fucking ville en anglais, avec un cellulaire bloqué – cellulaire qui était sensé me permettre de communiquer ma position pour que les autres me ramassent en fin d’après-midi. Laissez-moi vous dire que je n’en menais pas large. Si ça m’était arrivé il y a un an ou deux, j’aurais fondu en larmes, ça c’est sûr.

J’étais dans un espèce de mini centre commercial, faque je fais le tour et j’essaye de trouver un téléphone public. Pas de fucking téléphone public en bas. Pas de fucking téléphone public en haut. Découragée, je suis rentrée dans une boutique, j’ai demandé à une madame avec mon anglais approximatif : « Where can I use a phone? », finalement les téléphones étaient juste bien cachés.

J’ai « lifted the receptor », j’ai mis 50 cennes dans la fente et j’ai pitonné le numéro de son cell. Sauf que c’est un 514. Et que je suis en Ontario. Longue distance. Très longue distance. Et est-ce que vous savez combien ça coûte un longue distance avec un téléphone public? Très cher. Genre 5,20. Et j’avais pas 5,20 sur moi, j’avais à peine deux piastres en screnning, parce que ça faisait longtemps que j’étais pas allée retirer de l’argent à la caisse. Pis mettons qu’il y a pas ben ben de caisses Desjardins en Ontario. Et non, les téléphones publics n’acceptent pas les cartes de débit. En désespoir de cause, j’ai essayé de faire un appel à frais virés, mais ç’a pas répondu, sûrement qu’ils étaient dans un manège. J’étais proche de péter une coche solide.

Je me suis mis en tête de faire refonctionner mon cell, je l’ai éteint, je l’ai rallumé, j’ai tapé des codes au hasard, mais rien à faire, il me demandait toujours un fameux code PUK – tu parles d’un nom, pour un code. J’ai même carrément ouvert mon cell, pis c’est là que j’ai trouvé une p’tite carte avec le numéro de mon fournisseur. C’était un 1-888, j’ai guessé que ça serait gratuit, même sur un téléphone public, et j’ai appelé. Et devinez qui m’a répondu? La même fucking voix automatisée qui m’avait demandé mon code d’accès un peu plus tôt. Après un bon 5-10 minutes de « Si vous voulez… faites le… », j’ai fini par aboutir à « Si vous voulez communiquer avec Fido pour une urgence, faites le 1 ».

Quand j’ai commencé à attendre, je me suis dit qu’après quinze minutes j’abandonnais la ligne pis que j’essayais de rappeler mon père à frais virés. Après quinze minutes, je me suis ravisée pour trente. Après exactement vingt-sept minutes – une chance que c’était pas une urgence urgente – de musique de marde entrecoupée de « Vous savez que si vous voulez modifier votre forfait, vous pouvez le faire en ligne en allant au fido.ca en cliquant sur « Accéder à mon compte ». » une voix humaine – que je n’espérais plus – a fini par me répondre pis me demander ce qu’elle pouvait faire pour m’aider.

– Ouin, ben c’est parce que là mon cell y est bloqué pis il me demande mon code « poque », sauf que j’ai aucune idée de c’que c’est, un code « poque ».
– Oui, alors le code de déverouillage manuel, le code « P-U-K », ou comme vous l’appelez le code « poque », je peux vous le donner, pouvez-vous me donner votre code d’accès?
– Ouin, sauf que là vous comprennez pas, c’est justement parce que je savais pas mon code d’accès que mon cell me demande le code PUK.
– Si vous ne connaissez pas votre code d’accès, alors là je ne peux pas vous aider, je suis désolée. *s’apprête à raccrocher*
– EUH, QUOI?! C’parce que je fais quoi, moi là?!
– Je ne peux pas vous donner le code PUK si vous ne connaissez pas votre code d’accès.
– Ok, ben je fais quoi si je connais pas mon code d’accès, moi?
– Pouvez-vous me donner votre code post-
– J3N ***!
– Parfait, alors je peux vous donner votre code PUK, puisque vous savez votre code postal. Attendez un instant, je vous pris.
– (Fuck you, p’tite madame =). Je m’en fous de tes explications, j’veux juste débloquer mon cell!)

Elle a fini par me donner mon code PUK et j’ai pu débloquer mon cell. Même que mon père n’a rien su de toute cette histoire, pis que je n’ai pas eu à lui rembourser le 5,20 que lui aurait coûté l’appel à frais virés. Mais quand je me suis assise de nouveau à une table du petit café et que j’attendais que les sms que j’avais manqués se mettent à rentrer, j’ai pensé à ça et je me suis dit : est-ce que je serais capable de me débrouiller à l’autre bout du monde, complètement seule, et avec absolument personne qui ne comprenne le français? Est-ce que je veux vraiment prendre le risque?

Je sais que je veux voyager, mais je sais pu si je veux partir au pair en Australie. P’t-être qu’il vaudrait mieux que j’attende de trouver quelqu’un qui ait lui/elle aussi la piqûre des voyage pour ne pas partir seule vers l’inconnu. Peut-être. Je sais pas.

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