Tag Archives: écriture

160.

14 Fév

réapprendre à écrire

à laisser les mots couler

le plus naturellement possible

 

j’ai désappris

la vie

 

comment pourrais-je

l’écrire

 

comment

espérer

 

comment espérer faire quoi que ce soit de beau

comment espérer faire quoi que ce soit de vrai

quand à l’intérieur, tout s’effondre

délabré

 

à l’intérieur, c’est sombre, c’est poussiéreux

je souffle de toutes mes forces

elle tourbillonne, puis se repose

la poussière

mais jamais ne s’en va

129.

5 Mar

I just bought Wreck This Journal and Listography – Your Life in Lists. I’m happy, and I know what I’m going to do tonight.

P.S. Bookstores open until 11 PM : that’s awesome (fuck le 450).

127.

28 Fév

J’écris des cartes postales, aussi.

109.

16 Jan

Dans sa solitude et son désarrois, elle s’était retournée et l’avait vu : triste petit bonhomme à l’air revêche. Il se tenait debout sur le trottoir, juste en face de la boutique où elle avait acheté sa robe de mariée quelques semaines auparavant. Comment si peu de temps avait-il pu s’écouler alors qu’elle avait l’impression que les souvenirs qui remontaient appartenaient à une autre époque, une autre personne? Si son psy la voyait en ce moment, il lui dirait que c’était son subconscient qui l’avait menée ici. Elle préfère croire que c’est le destin.

Le garçon était maintenant assis contre le mur de briques, les bras serrés autour de ses jambes comme pour les empêcher de bouger. Jusque là, il avait gardé la tête baissée, mais lorsqu’il la releva son regard croisa celui de la femme qui l’observait depuis quelques minutes déjà. Ce qu’elle y lut la bouleversa, la transperça de toute part. Comment un si petit être pouvait avoir vécu tant de souffrance?

Lorsqu’elle arriva à sa hauteur et lui demanda doucement son nom, la seule réponse qu’elle obtint fut un mouvement de recul. Patiente et surtout bien décidée à ne pas le laisser là, elle s’installa à ses côtés et attendit. Les secondes passèrent, se transformant en minutes. Ces dernières vinrent à bout de l’espace entre ces deux naufragés de la vie. Lequel se rapprocha de l’autre le premier pour exprimer tout son mal-être? Peu importe. Ils s’étaient trouvés.

Alors qu’ils marchaient tous deux vers l’appartement de la femme, ils savaient déjà qu’ils avaient maintenant un allié pour la vie.

58.

1 Juil

Si tu descends un jour dans le bas du fleuve, il est possible qu’une envie soudaine de continuer le long de la 132 s’emparre de toi. N’y résiste pas, ne lutte pas, c’est inutile. Joue avec les boutons de la radio jusqu’à ce que tu tombes sur une chanson que tu aimes, augmente le volume et ouvre tes fenêtres pour sentir le vent. Regarde les nuages ou les étoiles (et un peu la route, aussi) et profite du moment. Regarde défiler les paysages, la forêt d’un côté et le fleuve de l’autre. Respire.

Ne t’étonne pas de voir les heures filer sans que tu ne les vois passer. Des villages, tu en verras des tas. De petites maisons dispersées, à peine plus grandes qu’un chalet d’été pour la plupart. Avec des 4X4 qui se promènent sur les petites routes et des vieux qui se saluent quand ils se croisent au moment de prendre leur marche de la journée. Ils se connaissent depuis toujours, ils font partie des meubles.

Bientôt, tu verras un panneau indiquant que tu approches de Cloridorme. Tu es presque arrivé à destination. Encore quelques minutes de montagnes russes sur une route fraîchement refaite, mais toujours aussi ondulée, et tu aperçois finalement les premières habitations. Quand tu arriveras au niveau de l’église, sors de la route en faisant attention aux voitures qui vont très vite dans la côte et stationne-toi devant la grande maison juste en face.

Descends de ta voiture et fais quelques pas, avance toi jusqu’au bout de la falaise. Juste en dessous, il y a la grève. À gauche, le port. À droite, l’usine à poisson. En face, le fleuve à perte de vue. Ferme les yeux. Sens le vent sur ton visage et souris. Tu peux entrer, maintenant. Tu auras le temps de profiter du paysage plus tard.

Vas cogner à la porte, dis que c’est moi qui t’envoie. Elle va te proposer une soupe ou quelques-uns de ses merveilleux petits pains. Elle va dire “Fais comme chez toi”, mais tu ne respecteras pas la consigne. Chez toi, tu prends à peine le temps de souffler, tu es à fond dans ta routine métro-boulot-dodo. Chez toi, tu ne prends pas le temps de vivre, tu ne fais que courir. Là-bas, tu vas devoir réapprendre à vivre, à un autre rythme, avec d’autres priorités. Je ne dis pas que ce sera facile, mais je te promets que ça en vaut la peine.

Là-bas, tu manges quand tu as faim, tu dors quand tu es fatigué. Le temps n’existe plus, tu peux même jeter aux poubelles la belle montre que tu as acheté en spécial à 200$ dans une bijouterie de ta banlieue sale. Là-bas, tu vis au rythme du soleil et des marées.

Tu peux y aller accompagné, mais c’est toujours quand on est seul qu’on fait les plus belles rencontres. Laisse-toi guider par le destin, prends la vie comme elle vient. Descends sur la grève, on s’en fout s’il fait frisquet dehors. Enfile un vieux gilet que tu aimais beaucoup quand tu étais plus jeune, mais que tu n’oses pas porter en ville. Là-bas, les vieux guètent à leur fenêtre pour se raconter les derniers potins de l’heure, mais ce n’est rien comparé à la pression constante que tu subis quand tu te rapproches de la métropole. Alors mets des vieux vêtements – moches, mais chauds et confortables –, tu n’es pas là pour faire un défilé de mode.

Descends sur la grève et marche en sautant d’une pierre à l’autre. Et puis parfois, arrête-toi et regarde les vagues. Non, non, range ton appareil photos, tu n’es pas là pour ça. Ils s’en contre-fichent, ceux à qui tu vas montrer tes clichés. Aucune image au monde ne peut rappeler ce sentiment qui t’envahie quand tu fixes l’horizon et que tu respires l’air salin.

Là, alors que tu contemples le lointain, tu n’as pas besoin de te jurer que tu vas revenir. Tu sais que tu le feras. Retourne-y à chaque fois que tu peux, à chaque fois que tu veux. Quand tu doutes, quand tu ne sais pas. Pour une journée, une semaine, un été, une vie. Seul, en couple, en famille, entre amis. Dans une belle roulotte, dans un motel ou dans une vieille maison juchée sur une colline.

Respirer l’air de la Gaspésie et vivre au rythme de ses gens, c’est comme appuyer sur reset. Ça te permet de retrouver la paix que tu croyais disparue à jamais. Évidemment, tu vas devoir retourner en ville, parce qu’il faut que tu gagnes de l’argent pour te payer des vacances, mais la péninsule est là pour rester et elle attendra ta prochaine visite. À ton retour, tu la trouveras inchangée, toujours la même, toujours aussi belle et sereine. Et tu ne comprendras pas pourquoi tu l’as quittée.

Un jour, quand tu seras vieux et que tu auras mis des sous de côtés pour tes dernières années, tu vendras tout ce que tu possèdes et tu feras le trajet en voiture une dernière fois. Tu achetèteras une petite maison à deux pas du fleuve et, pour la première fois de ta vie, tu sauras que tu as trouvé ta place dans le monde.

56.

25 Juin

La petite fille qui dansait

C’était une petite fille, une petite fille qui dansait
Petite fille à qui on demandait ce qu’elle faisait
Mais ça me paraît évident : je danse, répondait-elle alors.
Étrange… car on ne voyait pas bouger son corps
C’est qu’elle dansait sur des lettres, des mots, des pages
Et d’ailleurs bien mieux que quiconque, du moins de son âge
Petite fille à qui on demandait pourquoi elle dansait
Pour m’éloigner d’mes soucis, petite fille répondait.

C’était une petite fille, une petite fille qui dansait
Petite fille à qui on demandait ce qu’elle faisait
Mais ça me paraît évident : je pleure, répondait-elle alors.
Étrange… car aucune larme ne coulait de son corps
C’est qu’elle pleurait à l’intérieur, du fond de son cœur
Et d’ailleurs c’est ainsi que peu à peu elle se meurt
Petite fille à qui on demandait pourquoi elle pleurait
Pour évacuer ma peine, petite fille répondait.

C’était une petite fille, une petite fille qui dansait
Petite fille à qui on demandait ce qu’elle faisait
Mais ça me paraît évident : je chante, répondait-elle alors.
Étrange… car de ses lèvres rien n’sortait, murmure ou fort
C’est qu’elle chantait en secret, dans sa tête, en silence
Et d’ailleurs des chansons qui lui rappellent son enfance
Petite fille à qui on demandait pourquoi elle chantait
Pour penser à autre chose, petite fille répondait.

C’était une petite fille, une petite fille qui dansait
Petite fille à qui on demandait ce qu’elle faisait
Mais ça me paraît évident : je rêve, répondait-elle alors.
Étrange… car ce n’est que très rarement qu’elle dort
C’est qu’elle ne rêvait pas la nuit, mais bien d’un avenir
Et d’ailleurs elle s’demandait comment ç’allait finir
Petite fille à qui on demandait pourquoi elle rêvait
Pour ne pas perdre tout espoir, petite fille répondait.

août 2008

47.

25 Mai

Il m’a dit : « Nous deux, c’est fini. »

J’ai détourné les yeux.

Il m’a dit : « Voyons, pleure pas, tu savais ben qu’ça allait pas durer. »

Pis il est parti.

J’me suis assise sur l’asphalte sale pis j’ai pleuré.

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