Tag Archives: nostalgie

160.

14 Fév

réapprendre à écrire

à laisser les mots couler

le plus naturellement possible

 

j’ai désappris

la vie

 

comment pourrais-je

l’écrire

 

comment

espérer

 

comment espérer faire quoi que ce soit de beau

comment espérer faire quoi que ce soit de vrai

quand à l’intérieur, tout s’effondre

délabré

 

à l’intérieur, c’est sombre, c’est poussiéreux

je souffle de toutes mes forces

elle tourbillonne, puis se repose

la poussière

mais jamais ne s’en va

158.

12 Fév

– C’est tout? demande Simon.
Il parle doucement, l’air de quelqu’un qui a deviné, mais qui ne veut rien forcer.
– Non.
– …
– Je peux pas… je suis comme sur un bateau qui penche au milieu d’une tempête. Si je te parle des petites choses, je me sens presque normale.

– La corbeille d’Alice, Maude Deschênes-Pradet

148.

24 Nov

Je suis allée au théâtre hier. Avec mon amoureux, pour la première fois. On fait attention à nos dépenses parce que c’est compliqué, parce qu’on veut aller faire nos études au Québec l’automne prochain, mais qu’il lui faut un visa, et pour ça il faut qu’il prouve qu’il a beaucoup beaucoup d’argent et on sait pas encore comment on va faire. Mais ça je pouvais pas passer à côté. Je pouvais pas passer à côté du théâtre pendant toute une année. Alors on a pris un abonnement. Un petit abonnement de 4 pièces pendant l’année. Une en novembre, une en janvier, une en avril et une en mai. Des petits rayons de soleil dans la tourmente.

Parce que c’est un peu la tourmente, ici. Il y a des problèmes de famille (la mienne, la sienne, surtout la sienne). Des tensions, des mots méchants, du parlage dans le dos et des regards qui veulent tout dire. Les gens autour, ça les affecte, mais moins que moi. Parce qu’apparemment c’est « normal » ici. C’est pas cool, mais c’est comme ça de temps en temps. Sauf que moi j’y suis pas habitué. J’y suis pu habituée. Alors ça pèse très lourd pour moi et je suis toujours fatiguée. Avec mon copain ça va bien, heureusement. Sinon, ça ferait longtemps que je serais partie en courant pour prendre le premier train pour ailleurs.

Et là j’attends une réponse pour un boulot, un contrat d’un mois. J’ai passé l’entrevue jeudi, ils vont me répondre d’ici lundi. J’espère qu’ils vont me prendre. C’est pas un boulot facile, mais au moins ça va m’occuper l’esprit pendant quelques semaines. Alors voilà, tout ça dans ma tête, ça fait un peu mal, ça fait une espèce de pression constante contre laquelle je me bats tous les jours. En contrepartie, je me lance à fond dans l’espagnol, pour le bac. J’ai eu 2 ans et demie de cours au secondaire, mais je m’en foutais, donc bon, y a encore du travail. J’ai hacké un logiciel d’apprentissage des langues par reconnaissance vocale qui vaut genre 400 euros pis j’suis en train de passer à travers à une vitesse folle. C’est peut-être pas la bonne technique, mais au moins je fais quelque chose de constructif.

Je suis une mouette. C’est pas c’que j’voulais dire. Qu’est-ce que je disais, déjà? Ah oui, le théâtre.

On est allés voir La Mouette, hier. C’est une pièce de Tchekov. Ça durait 2h30, mais j’ai pas vu le temps passé. Ça ne révolutionne pas le genre, mais c’était bien, et ça m’a vidé la tête (sauf quand les personnages disaient des trucs qui me faisaient penser à des trucs qui se passent en ce moment, mais bon, rien n’est parfait). Les acteurs étaient très bons, les décors géniaux. Mais ça me faisait tout drôle que la moyenne d’âge des spectateurs soit dans la cinquantaine. Ça me change du Théâtre d’Aujourd’hui (qui me manque follement, c’est clair que dès que je rentre au Québec je me prends un abonnement pour la prochaine saison).

121.

23 Fév

Comme une envie d’apprendre à jouer de la guitare, d’apprendre à danser, d’apprendre à aimer. À vivre, aussi; surtout. J’ai perdu 17 ans de ma vie à attendre demain (ou un autre jour, plus tard, plus loin). Aujourd’hui j’essaye de vivre au présent. La plupart du temps ça se passe bien, mais ce soir je me surprends à rêver encore de plus, comme si l’herbe était toujours plus verte chez le voisin. J’suis dans l’ouest canadien (je capote, c’est génial, j’veux jamais partir) et je rêvasse à l’Europe en regardant mes vieilles photos de voyage. What’s wrong with me?

P.S. Sérieux, j’ai-tu le droit de jamais revenir? Ça se fait-tu, être nomade, de nos jours? Aller au gré du vent pis survivre comme on peut en faisant des p’tites jobines ici et là pour par crever de faim (ou de froid) à l’autre bout de la terre (quoi que je pourrais mourir en paix, quand j’aurai vécu comme ça ne serait-ce qu’un an).

105.

8 Jan

NOSTALGIE

74.

27 Août

Aujourd’hui, j’ai foutu ma crise d’adolescence aux vidanges. Littéralement. Dans une soudaine folie ménagère, j’ai décidé de m’attaquer à mon garde-robe, pour faire de la place pour ranger le linge qui traîne un peu partout dans ma chambre. Ç’a dégénéré en un ménage par le vide. Il y avait une certaine quantité de cossins et de « souvenirs » (diplômes fakes reçus au primaire pour mon « bon comportement », photos de classe, lettres dont j’avais oublié l’existence, etc.), mais le pire, c’était le papier. Je vous jure, j’ai rempli le bac de récupération (tsé les gros, ceux qui ont des roulettes..) aux trois-quarts. Mon secondaire en entier, sur papier. J’ai la mauvaise habitude de glisser les feuilles directement dans mon agenda à mesure que mes profs me les donnent. Au bout d’un moment, mon agenda menace d’exploser alors je fais le tri : ce qui me sert, et ce qui ne me sert plus. Ce qui me sert encore, je le laisse dans mon agenda, et le reste je l’empile dans un coin de mon garde-robe, allez savoir pourquoi. Sauf que ces dernières années, ce n’étaient plus de simples feuilles de cours, c’étaient des pages et des pages de textes, de poèmes, de lettres jamais envoyées à leur destinataire. Des tonnes de pages, dont je ne me souvenais pas d’avoir écrit la majorité. Je ne me suis même pas posé la question. J’ai pris tout ce que j’ai trouvé, sans même lire, et je l’ai jeté. Je tourne une page de ma vie. Je n’ai pas l’intention d’y revenir.

63.

26 Juil

Je trouve ça dégueulasse, les gens qui parlent de quelqu’un dans son dos. Pire encore quand ils parlent de cette personne « pour son bien », comme s’ils savaient mieux qu’elle ce qui la rendrait heureuse.

Je pensais à ça hier soir, en écoutant une conversation, pis j’ai pris conscience que des tas de gens ont eu l’occasion de parler de moi de cette façon, durant ces dernières années. Je me demande comment mes proches ont vécu tous ces moments où je me cherchais, où j’en venais parfois à vouloir m’oublier. Je me demande ce qu’ils se disaient entre eux, entre deux regards affligés dans ma direction. Etaient-ils découragés? Ou au contraire pleins d’espoir? Se sentaient-ils concernés? Ou se disaient-ils « Bah, c’est l’adolescence, ça lui passera »?

Ma famille, mes amis, mes profs, ont-ils cru qu’ils avaient leur part de responsabilité dans ce que j’ai traversé? Se sont-ils retournés dans leur lit en cherchant le petit indice, le discret appel à l’aide passé inaperçu? Je l’écris maintenant que j’en suis consciente : ils n’auraient rien pu faire. On ne peut aider quelqu’un qui refuse de s’aider. On ne peut pousser quelqu’un qui n’est pas prêt à avancer. Et j’étais tout sauf prête. Mais en même temps, je me rends compte à quel point j’ai attendu, espéré que quelqu’un me tende la main. Pas un de ces fuckings spécialistes payés pour ça, pas quelqu’un qui se sentait coupable ou quoi que ce soit… J’aurais tout donné pour que quelqu’un accepte ce que je vivais (pas qu’il comprenne, c’est vraiment le pire, quand tous ils faisaient comme s’ils comprennaient) et qu’il me dise « Ok, on va remonter la pente ensemble. Viens, on va faire un tour. » 

Comme une grosse envie de garder mon doigt appuyé sur « BACKSPACE » jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien de cet article.

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