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58.

1 Juil

Si tu descends un jour dans le bas du fleuve, il est possible qu’une envie soudaine de continuer le long de la 132 s’emparre de toi. N’y résiste pas, ne lutte pas, c’est inutile. Joue avec les boutons de la radio jusqu’à ce que tu tombes sur une chanson que tu aimes, augmente le volume et ouvre tes fenêtres pour sentir le vent. Regarde les nuages ou les étoiles (et un peu la route, aussi) et profite du moment. Regarde défiler les paysages, la forêt d’un côté et le fleuve de l’autre. Respire.

Ne t’étonne pas de voir les heures filer sans que tu ne les vois passer. Des villages, tu en verras des tas. De petites maisons dispersées, à peine plus grandes qu’un chalet d’été pour la plupart. Avec des 4X4 qui se promènent sur les petites routes et des vieux qui se saluent quand ils se croisent au moment de prendre leur marche de la journée. Ils se connaissent depuis toujours, ils font partie des meubles.

Bientôt, tu verras un panneau indiquant que tu approches de Cloridorme. Tu es presque arrivé à destination. Encore quelques minutes de montagnes russes sur une route fraîchement refaite, mais toujours aussi ondulée, et tu aperçois finalement les premières habitations. Quand tu arriveras au niveau de l’église, sors de la route en faisant attention aux voitures qui vont très vite dans la côte et stationne-toi devant la grande maison juste en face.

Descends de ta voiture et fais quelques pas, avance toi jusqu’au bout de la falaise. Juste en dessous, il y a la grève. À gauche, le port. À droite, l’usine à poisson. En face, le fleuve à perte de vue. Ferme les yeux. Sens le vent sur ton visage et souris. Tu peux entrer, maintenant. Tu auras le temps de profiter du paysage plus tard.

Vas cogner à la porte, dis que c’est moi qui t’envoie. Elle va te proposer une soupe ou quelques-uns de ses merveilleux petits pains. Elle va dire “Fais comme chez toi”, mais tu ne respecteras pas la consigne. Chez toi, tu prends à peine le temps de souffler, tu es à fond dans ta routine métro-boulot-dodo. Chez toi, tu ne prends pas le temps de vivre, tu ne fais que courir. Là-bas, tu vas devoir réapprendre à vivre, à un autre rythme, avec d’autres priorités. Je ne dis pas que ce sera facile, mais je te promets que ça en vaut la peine.

Là-bas, tu manges quand tu as faim, tu dors quand tu es fatigué. Le temps n’existe plus, tu peux même jeter aux poubelles la belle montre que tu as acheté en spécial à 200$ dans une bijouterie de ta banlieue sale. Là-bas, tu vis au rythme du soleil et des marées.

Tu peux y aller accompagné, mais c’est toujours quand on est seul qu’on fait les plus belles rencontres. Laisse-toi guider par le destin, prends la vie comme elle vient. Descends sur la grève, on s’en fout s’il fait frisquet dehors. Enfile un vieux gilet que tu aimais beaucoup quand tu étais plus jeune, mais que tu n’oses pas porter en ville. Là-bas, les vieux guètent à leur fenêtre pour se raconter les derniers potins de l’heure, mais ce n’est rien comparé à la pression constante que tu subis quand tu te rapproches de la métropole. Alors mets des vieux vêtements – moches, mais chauds et confortables –, tu n’es pas là pour faire un défilé de mode.

Descends sur la grève et marche en sautant d’une pierre à l’autre. Et puis parfois, arrête-toi et regarde les vagues. Non, non, range ton appareil photos, tu n’es pas là pour ça. Ils s’en contre-fichent, ceux à qui tu vas montrer tes clichés. Aucune image au monde ne peut rappeler ce sentiment qui t’envahie quand tu fixes l’horizon et que tu respires l’air salin.

Là, alors que tu contemples le lointain, tu n’as pas besoin de te jurer que tu vas revenir. Tu sais que tu le feras. Retourne-y à chaque fois que tu peux, à chaque fois que tu veux. Quand tu doutes, quand tu ne sais pas. Pour une journée, une semaine, un été, une vie. Seul, en couple, en famille, entre amis. Dans une belle roulotte, dans un motel ou dans une vieille maison juchée sur une colline.

Respirer l’air de la Gaspésie et vivre au rythme de ses gens, c’est comme appuyer sur reset. Ça te permet de retrouver la paix que tu croyais disparue à jamais. Évidemment, tu vas devoir retourner en ville, parce qu’il faut que tu gagnes de l’argent pour te payer des vacances, mais la péninsule est là pour rester et elle attendra ta prochaine visite. À ton retour, tu la trouveras inchangée, toujours la même, toujours aussi belle et sereine. Et tu ne comprendras pas pourquoi tu l’as quittée.

Un jour, quand tu seras vieux et que tu auras mis des sous de côtés pour tes dernières années, tu vendras tout ce que tu possèdes et tu feras le trajet en voiture une dernière fois. Tu achetèteras une petite maison à deux pas du fleuve et, pour la première fois de ta vie, tu sauras que tu as trouvé ta place dans le monde.

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53.

17 Juin

C’EST MA FÊTE!

 (Article plus constructif à venir)

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